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Un jour une oeuvre n°2 - Le sabbat des sorcières de Goya


La Lune sur la nuit bleue porte sa pâle clarté. Couronné de vigne, un bouc, incarnation satanique, célèbre une messe noire et s’apprête à dévorer des enfants que lui tendent des sorcières assises en cercle autour de lui. Assis sur un roc, impassible et fier, le démon à l’œil de feu semble se trouver à la frontière de deux mondes. Alors que ses pattes postérieures le lient à la terre, à la matière, sa tête, surplombée de deux majestueuses cornes arquées et ornées d’une couronne de vigne, appartient au mystérieux monde de la nuit. Rappelons que la vigne est lourde de symboles, liée à la fois à la mort, à la vie et à la folie, elle se fait attribut privilégié des cultes obscurs qui hantent l’imaginaire collectif espagnol de la fin du siècle des Lumières. Cet au-delà, cette nuit noire et mystérieuse, n’a pour manifestations sensibles qu’un vol de chauves-souris et un pâle croissant de Lune. Mais le bouc est aussi une créature de chair, de passion et de vice. Il se nourrit d’enfants sacrifiés et est caractérisé par une sexualité transgressive. La femme au premier plan, semble chercher ses parties génitales, ce qui n’est pas sans nous faire songer aux figures de faunes ou de silènes, créatures dionysiaques et lascives, en perpétuelles recherche de plaisir charnel. Un prisme politique nous suggère de comprendre ce tableau comme une métaphore du climat politique contemporain à Goya. Achevé en 1798, ce tableau est le fruit d’une époque troublée. La Révolution française et la chute des Bourbons sèment la pagaille en Europe occidentale. Des idées nouvelles voient le jour ; du sang de la révolution doit émerger un Etat idéal, véritable écho aux idées développées par les penseurs des Lumières au cours du siècle. Si un tel rapprochement peut paraître osé, nous nous permettrons néanmoins de voir dans cette messe noire et sacrificielle, la conjuration d’une époque et la volonté profonde d’une renaissance, renaissance qui ne saurait se faire sans effusion de sang.

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