top of page

Revue littéraire n°4 : Michel Houellebecq - un portrait

Vous l’aimez, vous le détestez, il vous répugne, il vous inspire. Michel Houellebecq. Chaque nouveau roman de l’écrivain suscite toujours les mêmes émotions, mêlées d’angoisse et d’excitation. Dans les médias, son œuvre inspire des débats virulents sur notre époque. C’est l’un des romanciers français les plus lus dans le monde. Qui est Michel Houellebecq, l’homme redouté, mais profondément admiré ?

Michel Houellebecq n’était pas voué à une carrière d’écrivain. Mais son expérience à la direction informatique du ministère de l’Agriculture a été un constat de départ d’une vie en échec. Il s’est alors mis à raconter la misère sexuelle et affective de l’homme contemporain, en conjuguant espoirs et réalités, avant de se résoudre et de ployer sous des forces qui le dépassent. En 1994, il publie Extension du Domaine de la lutte et décide alors de consacrer sa vie à l’écriture.

C’est dans un style froid et fonctionnel que Michel Houellebecq parle du monde qui nous entoure. Il fait la satire de notre vie, engluée dans la loi du marché et dépersonnalisée par la mondialisation contemporaine. On observe dans son écriture satirique et pamphlétaire l’ironie de Kundera ou de Flaubert, la précision sociologique de Zola ou de Balzac. Ces personnages sont anti-héroïques : ils sont médiocres, dépressifs, apathiques, parfois haïs et haineux, mais toujours obsédés par le sexe et par l’alcool. Michel et Bruno dans Les Particules Élémentaires ou encore ce cadre trentenaire dans Extension du domaine de la lutte incarnent parfaitement ce monde « comme supermarché et comme dérision ».

A l’étranger, et notamment en Allemagne, les œuvres de Houellebecq constituent le fondement de la pensée intellectuelle de notre temps. En France, l’écrivain n’a pas droit à de tels éloges… Le personnage prend souvent le dessus sur l’écrivain. Mais Michel Houellebecq le sait souverainement : il est un personnage. Il a même joué son propre rôle dans deux films de fiction, « L’enlèvement de Michel Houellebecq » en 2014 et « Thalasso » en 2019 avec Gérard Depardieu. Il ne cherche désormais plus à cacher sa dégradation physique en se montrant toujours plus terne, plus caverneux.

Derrière son look de loser à la dérive, Michel Houellebecq connaît bien les codes de la société du spectacle. La sphère médiatique est et a toujours été son terrain de jeu. Sur les plateaux télés comme à la radio, Michel Houellebecq défend ses romans, émet ses opinions politiques, souvent radicales et contestées. Il est pro-Frexit, pro-Trump, anti-féministe en déclarant qu’il a « toujours considéré les féministes comme d’aimables connes ». Ses -très- rares apparitions télévisées sont elles aussi sources de nombreux débats et suscitent l’émoi, voire le dégoût, des téléspectateurs.

Celui que les étrangers trouvent si libre, si pointu, bouleverse une figure profondément ancrée dans notre imaginaire collectif : celui du grand écrivain. Dans l’esprit des Français, le grand écrivain a quelque chose d’universaliste, d’engagé, d’héroïque. Il est le père de la Nation. Quand les Français entendent grand écrivain, il pense immédiatement à Albert Camus, à Victor Hugo, à un homme ténébreux avec une mine d’intellectuel qui traîne à Saint-Germain-des-Prés, mais pas à un homme édenté faisant l’apologie de la prostitution.

Dans une France à vif, Michel Houellebecq est devenu un porte-malheur. Beaucoup lisent son roman non pas comme une fiction, mais comme un brûlot islamophobe, comme une prophétie alarmiste. La sortie de son livre Soumission le 7 janvier 2015 qui traite de l’islamisation de la France en 2022 coïncide avec les attentats contre Charlie Hebdo, dont le numéro de l’hebdomadaire paru ce jour-là montrait une caricature de Michel Houellebecq avec en légende : « Les prédictions du mage Houellebecq ».

Son dernier livre, Sérotonine, paru à la rentrée littéraire de 2019, raconte une nouvelle fois l’histoire d’un ingénieur agronome (Michel Houellebecq est lui-même diplômé de l’Institut National Agronomique de Paris-Grignon), dépressif, qui ne voit que ses échecs et qui sombre dans des relations toxiques. Mais ce dernier demeure le plus révolutionnaire des personnages de Houellebecq : sa fin n’est pas tragique, mais plutôt marquée par une révélation optimiste, une quête de sens qui porte le héros vers une salvation.

Michel Houellebecq serait donc le Schopenhauer du 21ème siècle. Ses œuvres sont empruntes d’une métaphysique pessimiste, d’un dégoût du monde contemporain hypermondialisé, d’une révolte contre le vouloir-vivre ; en somme, d’une existence qui oscille entre la souffrance et l’ennui jusqu’à l’issue de la mort. Il suffit d’une citation de Plateforme, roman qui prend pour thème le tourisme sexuel en Thaïlande, pour résumer sa pensée du monde : « Jusqu'au bout je resterai un enfant de l'Europe, du souci et de la honte ; je n'ai aucun message d'espérance à délivrer. Pour l'Occident je n'éprouve pas de haine, tout au plus un immense mépris. Je sais seulement que, tous autant que nous sommes, nous puons l'égoïsme, le masochisme et la mort. Nous avons créé un système dans lequel il est devenu simplement impossible de vivre ; et, de plus, nous continuons à l'exporter ».

119 vues0 commentaire
bottom of page